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19/12/2010

Un brillant futur

Paul (mon pote qui chante toujours couscous saupiquet quand il est bourré ) m’a prié, m’a supplié à genou – Viens avec moiiiiiiiii ! – Mais j’ai continué de refuser.

Ce vil a alors utilisé des  moyens encore plus persuasifs.

-          Des infirmières G ! Des infirmières en blouse blanche !

-          Tu m’as déjà eu avec la soirée à la fac de science et c’était minable

-          Je te parle d’infirmières, les infirmières sont toujours nues sous leur blouse blanche G !

Alors, j’ai pris la décision de l’accompagner. Il faut savoir aider les amis. Et on est parti.

Depuis 3 ans,  maman-Paul passe ses après midi avec Papa Paul qui est « accueilli »  dans un centre spécialisé pour personnes âgées atteintes d’Alzheimer, une « maison Alzheimer ».  Mais aujourd’hui, la tuile. Elle ne peut pas venir et c’est à Paul et moi que revient d’aller visiter Papa-Paul et aussi  notre, (possible ?), futur domicile…

L’arrivée en bordure d’HLM récents est très sympathique et je note que nous disposons de moultes places  gratuites car le parking est vide. J’apprends que l’ambiance est beaucoup plus chaude le weekend. Je le note et me surprend à m’imaginer la place, un dimanche après midi, pleine et gai comme un lundi de pâques chez Disney land Paris. AU SECOURS !

Les portes vitrées s’ouvrent automatiquement et nous sommes accueillis par une rangée de vieillardes en chaise roulantes qui nous regardent comme le capitaine Kirk matant un vulcain avec des petites oreilles. Je saisie, soudainement, que cela ne va pas vraiment ressembler au sketch de l’hôpital de Benny Hill.

Paul passe devant moi et salue la compagnie d’un « salut les filles » qui en ferait rougir deux de plaisir si leur sang circulait encore et vociférer une, derrière sa dernière dent. Il m’emmène dans le réfectoire, dit aussi salle d’accueil, par grand froid ou temps de pluie et retrouvons enfin papa-Paul.

Papa Paul le magnifique, dit autrefois Monsieur Papa Paul,  n’est plus que l’ombre de lui-même. Amaigrie, émacié (cela veut dire la même chose) voire décharné (cela veut dire la même chose en pire), affalé en jogging dans une chaise roulante, il tremblote à notre vision, râle un "bonjour mon gamin" à son fils et me tend cinq doigts osseux et amorphe. Ces yeux semblent me reconnaitre mais dans le doute je lui rappelle mon nom et mes attributs.

-j’suis G Firmin, vous savez, le môme qui a pété le lustre de votre salon et à qui vous avez mis une  sacrée beuglante à ce sujet

Il me sourie, on croirait qu’il me reconnait. Oui, c’est bien lui, le morveux en short satin et basket Stan Smith qui avait gueulé service Lendl avant les évènements – un lustre ! Un !

Pauvre Papa-Paul, il rêvait que son fils devienne un ingénieur comme lui et finalement c’est lui qui est devenu comme son fils, passer ces journées en survêt ‘, a rien foutre.

Je laisse à Paul et son Papa un peu d’intimité et vais découvrir avec avidité l’étagère bibliothèque de l’autre coté de la pièce.

La traversée est torride, une vieille braille des insultes, une fillette égaie son papy, 2 mamies la regardent, les yeux brillants. Ce brillant qu’on retrouve souvent dans leurs yeux, est ce qu’ils pleurent, est-ce l’émotion ? C’est juste un dérèglement lacrymal, ça n’a rien à voir avec l’émotion m’a dit un infirmier. Ouf, j’ai failli m’attendrir.

Devant la bibliothèque, J’hésite à démarrer un Maurice Denuzière,  entamer la saga des gens de Mogador (le mal qu’à fait France Loisir devrait être puni) ou mater des culs inconnus dans un Voici de Juin 2003 mais grâce au seigneur  tout puissant, je me régale d’un Akim vraiment pas dégueu.

Soudain le refrain d’I wanna be your dog vrombi dans la salle d’accueil, Paul sort son téléphone pour répondre et, compréhensif, je prends sa relève au prés de papa Paul, pendant qu’il répond.

Papa Paul me parle, me souffle, me gémit et je ne capte que des bribes de phrases, de mots. J’essaie d’accrocher, de sourire, de partager mais je sens bien que notre dialogue sera aussi fructueux que celui du patronat et du prolétariat, l’envie d’enculer l’autre en moins comme  on dit chez les de villiers .

Pourtant, mon oreille s’acclimate au susurrement de papa Paul et je commence à saisir les grandes idées

-          T’es pas mon fils

Ça je le savais et je suis surpris par sa clairvoyance, ne souffre t-il pas d’Alzheimer ? Mais  

-          Ta mère…gni gni…salope

Ah.  Là je sens qu’il y a comme un problème mais ce brave homme ne souffre t-il pas d’Alzheimer ? Il poursuit

-          Des putes, …, J’en ai baisé…

Je m’imagine à son âge, en train de balancer à mes enfants toutes les horreurs que j’aurais commis d’ici là, ça m’angoisse mais je me dis qu’ils se diront la même chose que moi. Bah, il souffre d’Alzheimer, non ?

Paul est toujours absent mais papa Paul y revient, encore plus virulent.

-          T’es pas mon fils !

 L’affaire à l’air de l’énerver  Par chance, la plus jolie des infirmières passe dans mon champ de vision et je saisis cette occasion pour éviter d’en savoir trop sur les lourds secrets de la famille Paul

-          Hé ! Regardez comme elle est jolie, c’est pas un bout de printemps ça ?

Papa-Paul suit mon doigt et réagit à ce qu’il pointe (ce que pointe mon doigt !), je vois ses yeux s’embrumer du même dérèglement lacrymal que les vieilles de tout a l’heure et il me lâche un vieux sourire des familles qui en dit long sur le bonheur que lui amène la vision de cette  « superbe créature ».

Enfin Paul revient

-          Bordel, t’en as mis du temps !

-          C’est Titi, il n’arrive pas a enregistrer avec sa freebox !

Bien sur, des vrais problèmes…

De nouveau, je laisse Paul avec son papa et retourne à mon Akim, regrettant que cela ne fût pas un Zembla !

 Sur la route du retour, j’évite d’aborder ce problème de fils ou pas fils  mais Paul et moi nous retrouvons sur un point.

-          Tu préfères mourir jeune ou finir comme un légume avec une jolie fille qui passe une fois par jour devant toi ?

On s’est regardé, Paul a levé le pied de l’accélérateur, la Corsa Steffi Graff à 60 sur l’autoroute.

Pas de doute, on ira jusqu’au bout, au bout.

 

alzheimer,maison alzheimer


 
hortefeux.jpg
Je suis méchant, je fais peur aux enfants,
je rate pas une occasion pour dire une connerie, je suis ? Je  suis ?

 

 

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