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04/03/2015

les visiteurs du soir

Espagne, terre d’asile pour français malheureux, disait le prospectus publicitaire, alors avec mes 800 petits potes visiteurs médicaux du gros labo, on s’est tous barré plein sud pendant que 3 millions (selon la préfecture de Meuve) de nos concitoyens marchaient tristement pour se remettre d’un sacré uppercut.

Villas Mortas nous voilà !

Le complexe touristique « los vacancos peinardos » est rempli mais le reste de la ville est vide comme mon slip quand je l’enlève (il reste plus ou moins quelques petits trucs et c’est exactement ce que je veux dire !). Seules, devant l’entrée de l’hôtel, deux boutiques résistent. Le bar « chezos Dodos » et l’inévitable boutique de souvenirs, « la bella merdas ».

C’est parti pour un beau séminaire ! Par chance, et aussi parce que tout le monde sait que j’ai essayé d’étrangler avec ma souris (l’objet, pas l’animal, andouille !), le directeur marketing  des labos Plumelasecu, je suis délégué sur une petite branche et évite les horribles désagréments des gros tintouins, avec toutes la tripotée des plus lèches en train de se triturer le popotin pendant des heures et des heures.

La gonocologie, c’est la dernière salle au fond à droite. Qu’est ce qu’on est peinard. Je ne connaissais pas mais j’aime bien. Gens sympas, sujet sympa (je n’ai même pas compris à quoi sert leur médoc et dans quel orifice il faut l’introduire) et puis ça fait des sous cette petite chose ! C’est d’ailleurs le sujet principal de la présentation, « Oui on fait plein de sousous, Mais il faut en faire encore plus ! ». Rien de neuf sous le soleil, comme dit le pédiatre à la jeune maman ou un météorologue ariègeois.

J’ai vraiment du bol, cette fois, la répétition est réglée en 2 heures et la connexion internet m’a même permis de me bouffer de la manif hommage à m’en gaver de populace. Un peu de solitude me fera du bien, pourquoi ne pas aller découvrir « la villa mortas ».

Fort intelligemment, sortant de l’hôtel, je m’arrête au bar « chezos Dodos » afin d’y gouter un liquide tout à fait spécifique de la région, voire même du quartier : La cerveza.

Ce liquide fort agréable, que je goûte et regoute, la passion de Dodos pour le Real, ce Rioja qu’il faut gouter, la passion de Dodos pour le Real, ce Rioja qu’il faut regouter, la passion de Palacualo ( ?!!) pour l’Athletico, le Rioja pour l’Athlético, Ouna Cerveza pour le Real et je pars à la rencontre de la « Villa Mortas » titubant et brumeux.

Les portes sont closes, les volets baissés, des rangées d’immeubles aux fenêtres blanches  store (c’est blanc mat !). La plage est belle, sableuse et longue, la mer chante sa douce chanson vaseuse, le soleil descend  doucement, trainant la patte pour oublier qu’on est en janvier, il rougit de plaisir en s’approchant de l’eau, j’en fait autant et ne le quitte plus jusqu'à sa plongée intégrale.

Soudain le froid ! Je retourne déguster les breuvages de « chezos Dodos ». Les tournées, les techniciens qui débarquent de partout, le shit des mômes du coin, le Rioja….

 

7h00 du mat, le téléphone sonne, j’émerge tout bizarre, la piaule est bien rangée, y’a un  Lacoste saumon étendue sur le fauteuil ! Merde, j’ai finit avec un mec ! Je me retourne, je suis seul. Je cours dans la salle de bain,  je me tâte, je me regarde dans le miroir…

Passé le choc du physique,  il a fallut que je trouve qui j’étais vraiment, j’ai donc fouillé les vêtements. La cruelle vérité m’a sauté aux yeux, la tronche sur la carte d’identité, le « pass » pour le séminaire, nom, photo, fonction.

Je suis Aghutte d’Aumoncule, Visiteur médical pour R&B (Raboulla Bonntune), secteur Gonocolie, région centre sud est. Merde alors !

Effaré par la nouvelle, j’ose lever un œil, cherchant un premier rayon de soleil pour réchauffer le cartésien que les évènements des jours précédents avaient déjà bien refroidi.

Je lève donc un œil et je vois mon reflet, à poil, dans le miroir de la chambre.

HuRGH !

Aghutte n’a pas le physique de Brad Pitt, moi non plus,  mais j’évite les polos Lacoste moulant couleur saumon, pas Aghutte.

Au petit dej’, tout le monde me salue. Je devais en tenir une bonne hier soir, tout le monde se marre en me voyant. Heureusement, on porte tous nos badges « pass » et je peux lire le nom. Domero (région ouest nord) m’a assuré que j’aurai pu baiser Mataldini si j’avais assuré. J’ai souris, gêné, Mataldini ?!  Prichaud, mon directeur de région (si j’ai bien compris) m’a félicité pour l’ambiance que j’ai mis mais m’a suggéré d’y aller mollo sur la picole.

Je commence à voir clair dans toute cette histoire, cette andouille d’Aghutte et ce con de moi même se sont tellement bourrés la gueule  que nos molécules se sont gourées au moment de rentrer bien sagement à la maison et nous voilà chacun dans le corps de l’autre. Une nuit la dessus et tout rentrera dans l’ordre, ce n’est pas autant n’importe quoi que de buter Cabu (entre autres !) à coup de Kalasch.

Mon bon Aghutte, je vais prendre soin de ton adipeux corps et je vais même essayer de ne pas te ruiner professionnement mais, s’il te plait, fais la même chose de ton côté.

 

Gonocologie, au fond du couloir à droite. Je rentre dans la salle, mes nouveaux collègues m’interpellent, « Aghutte ! Tu me refais Travolta quand tu veux !»

-          Je peux aussi te refaire le portr…

Je viens d’entendre ma voie d’Aghutte… Porcinet croisé avec Gaudin (le maire de Marseille, pas l’ailier gauche de l’AS Trougnac sur veule !). Je me tais à tout jamais et vais m’assoir. Je mate discrètement la régie et je me vois ! Plus exactement je vois mon corps habituel, légèrement teinté de vert pale avec 2 yeux violets. J’ai pris 10 ans ! Le père Aghutte se trimbale une sacrée gueule de bois et j’ai vraiment envie d’aller demander à ce con de moi même de me montrer comment  il fait Travolta !

 

Le show commence, je tiens l’agenda, la présentation des nouveaux arrivants,  la nomenclature régionale hiérarchique et paf, je m’endors sur le jingle des produits.

 

Un coup de coude dans mon gros bide moulé.

-Urf !! dis je en ouvrant un œil.

- Tu ronfles  comme une vache me murmure une brune visiteuse

Je lis Mataldini sur son badge et m’essuie la bouche baveuse. Elle continue.

-Faut dire que tu en tenais une sacrée hier soir…

- oui, il parait, j’espère que j’ai pas dis trop de conneries

- Bin…

J’écoute le show vraiment passionnant (je le sais, je me le suis tapé 2 fois la veille)

-          Tu sais, j’ai réfléchie à ta proposition d’hier soir. J’ai rien foutu et je suis nul en produit alors aide moi pour les items produits et je te suce, ok ?

-          Oh, comme ça ? je ne suis pas une bête tout de même !

-          Dis donc, tu fais moins  de sentiment quand c’est une blonde !

-          Ah bon …

Merde alors, Aghutte c’est DSK ! Surgissant de la régie, le glapissement d’un pauvre ère vomissant tripes et boyaux glace un peu l’ambiance, surtout au moment de la révélation  des objectifs  2015. Je crois reconnaitre mon doux chant lorsque je dégueule à me fendre l’estomac. Pas de doute, c’est bien cet enfoiré d’Aghutte qui martyrise mon regretté corps. Je commence à perdre le contrôle. Respire, respire…  Je tente de calmer les jeux

-          Pour les items, je dois t’avouer que je réponds toujours au pif, j’ai juste une chance de cocu…

-          Te fous pas de ma gueule, tout le monde sais que t’es une lèche qui apprends tout par cœur, par contre c’est bien que tu le prennes comme ça… Et puis Brichaud est un type bien, il sera très gentil avec les enfants

-          Brichaud ? ah oui le chef , oui il est sympa

-          Et il va être content que tu le prennes aussi bien, il flippait un peu de te l’annoncer. Ta femme aussi, je crois….

J’arrête le massacre et les délégués médicaux et les directeurs régionaux sur scène en font autant. J’applaudis avec les autres. Je regarde vers la régie, Miloud et Babar  portent ma minable ex-carcasse vers la sortie, je ne tiens pas sur mes jambes. Putain la honte, ce con d’Aghutte est en train de ruiner ma réputation et je suis obligé de me taper Joséphine ange gardien chez les labos. Surnaturel de merde !

 

J’espérais pouvoir m’éclipser après la conférence d’introduction mais me voilà embarqué pour un workshop des plus passionnant. Dans une petite pièce, nous voilà une douzaine à devoir se triturer le bibi sur cette question fondamentale  « du pourquoi de la nouvelle organisation dans le parce  que du relationnel médecin ».

Deubreuil a voulu démarrer :

-          je crois qu’il faut, dans un premier temps, et à la vue et à l’écoute de la réunion

-          Tais toi  - lui ai je lancé, n’en pouvant déjà plus, il m’a regardé bouché bée, j’ai enchainé – Si ça vous branche, je vous rempli le paperboard en 5 minutes et il nous resteras 40 minutes a bien rien foutre tranquillement.

Toute la bande m’a regardé éberlué mais je pouvais lire une lueur d’espoir dans leurs yeux usés par la lecture de fiches produits élaboré par de dangereux psychopathes du marketing médical.

-          T’es sure que tu vas biens Aghutte ? me glisse Mataldini

-          Tout le monde est d’accord ? Mataldini veux tu bien prendre note  sur le paperboard ? Je vais vous régler cette affaire en moins de temps qu’un nouveau patron de labo pour toucher une prime de bienvenue (c’est super rapide !)  

Concentration. Visite des couloirs de la mémoire… Allée D 768…. Niveau « les plus grosses branleries écoutées en restitution de workshop »… Ah ! Tout est là, bien rangé. Alors j’ai tout sorti et j’ai tout rebalancé, la totale branlerie !

paperboard workshop.jpg

Les collègues étaient drôlement épatés. Parigault, le délégué Paris centre, m’a soudainement redécouvert

-          Bin merde, je te prenais pour un gros réac, mais tu serais presque un mec normal ?

-          Un gros réac ?!  Peut-être un peu obsédé, mais il faut pas exagéré.

-          T’es tout de même un peu obsédé contre le mariage pour tous !

-          Ah bon ?!   -  Je me marre - Dis tout de suite que je suis un bigot de droite pendant qu’on y est !

-          Heu … un mec contre le mariage pour tous, qui tracte pour la droite forte le dimanche après la messe et qui jusqu’à aujourd’hui ne m’avait jamais parlé hors professionnel parce que je suis PD. C’est vrai qu’on peut appeler ça, un gros bigot de droite.

Là, je ne me marre plus du tout.

Effaré par ce nouveau haut fait d’arme de cette crapule d’Aghutte, je n’aspire qu’à retourner dans mon bon vieux cocon de vieux gauchiste anar mou.

N’importe quel andouille du genre Spielberg aurait saisi l’occasion pour transformer la vie de cette tache d’Aghutte . En deux trois scènes d’anthologie jouées par Tom Hanks, il aurait rendu à Aghutte sa femme, son ouverture d’esprit et des opinions politiques plus proche de celle d’un animal possédant un cerveau et sachant s’en servir (dans la version US, il devient démocrate !) sans parler des conneries que j’aurai découvert sur moi même.

Mais je ne vais pas vous mentir, ici, on est dans la vraie vie et je n’avais aucune envie de vivre une minute de plus dans ce corps roué aux pires disgrétions. J’ai profité de la fin du workshop pour faire mes adieux.

A Parigault, qui m’a  annoncé ma bigoterie, mon homophobie et mon gout pour le libéralisme, j’ai demandé de me latter les couilles avec violence  s’il devait m’arriver d’être vexant, voire même ignorant à son égard ou si tout simplement, il me croisait sur un marché en train de tracter pour la droite forte. Il a eu l’air de s ‘en réjouir à l’avance.

A Mataldini, qui m’a instruit de mes us et déviances sexuelles ainsi que de ma misère familiale, j’ai demandé de ne plus jamais me proposer une quelconque pratique sexuelle en échange d’une aide professionnelle mais plutôt de me tarter la gueule le plus fort possible quand bon lui semble.

-          Avec un peu de chance, cela te feras autant plaisir à toi qu’à moi  ai je conclu

-          T’es sure ?

-          Oui, certain et même si je ferai peut être celui qui a mal, sache que cela me fera énormément plaisir, c’est mon petit coté 50 nuances de gris. Je dois aussi te dire que je ne pourrais pas t’aider pour les items produits cet après midi, je ne serai pas là, je dois voir quelqu’un de la plus haute importance.

-          T’es sure ?

La tarte qu’elle ajouta à la fin de sa phrase me fit presque pleurer de douleur mais la pensée qu’à partir de demain c’est peut être Aghutte qui allait se la prendre me fit réussir à lui sourire en disant « mmm trop bon… »

 

Au buffet, j’accomplissais ma mission avec détermination. Je commençais par piquer discrètement 3 bouteilles de Rioja dans le stock techniciens. Dans un coin discret, je me les envoyais en mangeant abondement pour éviter une trop grosse gueule de bois. Quand j’eu enfin la truffe à point, je suis retourné au buffet, me suis servit une énorme assiette du mélange « Seafood sauce » et suis allé la renverser sur la tronche de Brichaud à qui j’ai soufflé :

- Si tu baises encore ma femme, je redécore ton cul avec ton nez, compris ?

Je me foutais de sa réponse et suis reparti en faisant un clin d’œil à une Mataldini hilare, prête à me tarter la gueule à la première occasion.

Dans la chambre, j’ai regardé pour ce que j’espérais être la dernière fois, le corps de ce pauvre Aghutte. Pour oublier cette vision, j’ai décidé de vider le mini bar et me suis endormi avant d’attaquer le Cointreau (une chance !).

 

-          Et comment je peux être sur que c’est toi et pas ce gros troll d’Aghutte à qui je parle ?

Me demande Paul (mon pote qui chante toujours couscous Saupiquet quand il est bourré).

-          Heu… Je sais que tu as deux tatouages pas communs sur le cul…

 

-          Ça va, c’est bien toi, mais t’avoueras que ton histoire de Cabu qui se fait descendre à la Kalachnikov c’est vraiment n’importe quoi !

17:54 Publié dans Prololand | Lien permanent | Commentaires (0)

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