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03/11/2014

Brian Jones is gone

Les années 80, 15 jours avant la rentrée, je l’ai rencontré.

Comme souvent, la première vision laisse une empreinte déformée.

J’ai rencontré un ange blond, timide et lumineux.

En ce début septembre 82, sa blondeur et sa touffe de surfer, son profil au nez fin et droit, ses yeux bleus piscine carrés et plissés comme un bon Clint Eastwood sans brute ni truand, son port du Levi’s noire et de l’écharpe noire, m’avait impressionné. Le pote qui me l’a présenté m’avait prévenu, c’est une bête à la guitare, mais avant de l’entendre, je savais que rien que son physique allait faire plus de dégât que ma truffe de fraise et mon futal pantashop au près de la gente adolescento-féminine.

15 jours plus tard, je rentre dans un nouveau bahut (pour les jeunes, c’est comme ça qu’on appelait les lycées à l’époque, je ne sais pas si on le fait toujours, je m’en branle et ce n’est pas le propos), je ne connaît pas grand monde et comme le monde est petit il est l’ami et voisin d’un mec de ma classe. A l’heure du diabolo fraise, nous nous retrouvons dans un des bars qui entourent le lycée et je met 20 minutes à comprendre que le mec qui porte un masque médicale au milieu de la gueule et deux yeux pochés est l’ange blond, as du manche, que j’ai croisé 15 jours plus tôt.

1 semaine avant, un dimanche, l’ange blond, ces 2 frangins et un autre môme du quartier ont entrepris une course en caddie sur le parking vide du supermarché local. Etait-ce Mammouth ? Un Genty-cathiard ? Peut-être un Record ?

Qu’importe le nom. Poussé par son ainé, Brian menait la course, position aérodynamique, le chariot a fond les ballons. Les parking ne sont pas illimités et la route s’approchant, Brian a dut gueuler « ralenti ! », mais le frangin avait déjà lâché le caddie, Brian, regardant vers l’arrière, lui a balancé en se marrant « merde, tu fais chier ! » puis il s’est retourné pour regarder ou il allait.

Brian s’est pris une affiche 4 par 3, posé bas sur le bord du parking, en pleine poire. Son pif, fin et droit s’est démonté en 3 et c’en était fini de l’ange blond que j’avais croisé une semaine plutôt. Gâchis.

Brian se retrouva donc avec un pif cabossé pour l’entrée en seconde mais cela ne fit qu’en rajouter sur son air artiste ténébreux et les filles furent encore plus folles de lui. Une petite bande de pote se créa et il en fit parti, malgré le succès qu’il avait, nous l’acceptâmes car il était de bonne compagnie (comme dirait Pitivier) et ne comprenait pas plus ce que lui voulait les filles que nous, ce qu’elle ne nous voulaient pas.

Les années lycées passèrent (pas la série à la con, les vrais années !), Brian jouait comme un dieu de la guitare, ses doigts étaient déjà totalement déformés et il pliait ses phalanges dans tous les sens, je compris en les voyant que je serai pour toujours un minable guitariste mais aussi que malgré ses dons, Brian allait peut être avoir du mal a sortir de sa banlieue merdique sans se prendre à nouveau une géante affiche au travers de la gueule.

Brian était beau, ténébreux, ses parents avaient abandonné toute velléité de vie sans alcool pour élever leur fille et leurs 3 garçons, ils les laissaient vivre comme ils l’entendaient et cette indépendance ajouta à son aura. En Terminale il commençait à être connu comme guitariste mais c’est avec la bande qu’il essayât d’abord de jouer. Son intégration au groupe « Jean Noël and the Chocoletty’s » ne fut pas sans problème, le pauvre dut subir notre médiocrité musicale à longueur de répétitions et dut s’accrocher aux pétards, à l’alcool et aux interminables solos pour passer le temps. Comme tous les doués, cet enfoiré pouvait jouer de la batterie, de la basse ou du piano mais il refusait juste d’arrêter de jouer. Je me revois lui braillant « Merde, Ta gueule le bab ! » (à cette époque le solo de guitare est un truc de baba cool, l’horreur quoi !) Alors que j’essayais vainement d’accorder ma minable guitare, inaudible sous ses mélopées techniques et inspirées.

« Jean Noël and the Chocoletty’s » ne sorti jamais rien d’autre qu’une bouillie alcoolisée cacophonique et fort heureusement, il parti jouer ailleurs  plutôt que d’attendre des siècles que l’on rejoigne son niveau. Il en profita pour rater son bac, s’engueuler avec la moitié des groupes locaux et enfiler toute personnes de sexe féminins troublées par un artiste ténébreux blond au pif pété et à l’écharpe noir permanente (à l’époque y en avait un paquet !). Gâchis (surtout pour nous !)

 A 20 ans, Brian ressemblait à un Samy Frey (le David de César et Rosalie, suis je clair ?) blond foncé qui aurait raté son bac deux fois. Alors que ses potes continuaient leur route, il restait bloqué au lycée. Sans Bac, pas d’université. Sans BAC, pas grand chose. Il abandonna donc les études, la maladie mentale commençait à poindre son nez. Il passait ses nuits à étudier le programme de math de terminale S pour son seul plaisir (c’est là que j’ai compris qu’il avait un problème, un gros !) puis au bout d’un mois il se mit au solfège de haut niveau puis au bout d’un mois commença à décrypter les œuvres de Bach pour se remettre au programme de math de terminale S au bout de un mois et ainsi recommencer le cycle qu’il dut prolonger avec plus ou moins de changement jusqu’à il n’y a pas longtemps.

Les nuits blanches, le cerveau en ébullition, les probables drogues, les chemins génétiques déjà tracés et tout un tas d’autres raison que le spécialiste que je ne suis pas ne connaît pas, ont ouvert la porte et surtout lâché les chevaux de la schizophrénie

Brian a commencé à avoir des visions et ses beaux yeux mélancoliques sont devenus froids, vides et accusateurs. Son goût pour la scarification se développait et son visage et ses bras se sillonnaient d’écorchures, préservant pourtant ses mains pour la guitare comme une dernière îles de vaillance chez un être dérivant.

Ses potes étaient toujours là mais il s’est mis à leur demander pourquoi 2 ans plutôt il leur avait dit ça, pourquoi, un mois plus tôt, il l’avait regardé comme ça.

Il pouvait jouer aux cartes, s’éclater à faire tomber les atouts et soudain, ses yeux, comme ceux d'un requin qui sent le sang (je le sais, je l'ai vue dans Nemo !), devenaient noirs et ses démons s’installaient et dégageaient d’un coup de latte, as, rois, dames et valets.

Les filles étaient toujours folles de son physique mais, le contact établi, elles partaient plus souvent en courant que ne passaient sur le divan. Alors comme beaucoup de gens de sa génération Brian, entre deux séjours mystique ou thérapeutique, devint un TUC. Ce contrat de travail, inventé par la gauche, permettait d’être très mal payé pour des boulots de merde, pour alléger (déjà !) les chiffres du chômage. Brian planta des fleurs pour la mairie, déménagea des salles paroissiales, servit à la cantine municipale et tout un tas d’autres merdes qu’un guitariste tel que lui n’aurait jamais du connaître. Gâchis

Sa mère était folle, son père suicidé, son TUC signé. Brian filait plein pot sur l’autoroute des asociaux. Il tenta sa chance en Angleterre, terre de ses idoles, les Beatles, dont il jouait l’intégral et s’amusait à réorchestrer les partis guitares. IL y resta une demi journée, le temps de me croiser en train de partir au boulot.

-      - Je suis pressé mais repasse ce soir et on s’organise

Il est reparti chez lui, en France. Gâchis.

 Il n’a pas trouvé la bretelle de sortie et s’en ai pris pour 25 ans, les cachets ont gonflé son visage d’aigle, les drogues ont fermé ses yeux bleus qui n’exprimaient de toute façon plus rien derrière ses paupières obèses. Les potes ont décroché, pas sans un dernier baroud, une sortie au ski pour lui changer les idées et je revois sa seule descente, sur une pente douce glacée, se cassant la gueule tous les deux mètres en se laissant tomber durement sur la tête plutôt que de mettre les mains, pour les protéger. Arrivé en bas, la face enflée et tuméfiée, Un putain de guitariste mais le pire skieur du rock’n roll. Il n’est pas sorti de l’appart’ de toute la semaine. Gâchis.

Vers 30 ans, il décrocha complètement. Une dernière chance, un dernier suicide professionnel et en avant pour le néant.

Plus personne ne le croisa, même Paul (mon pote qui chante couscous saupiquet quand il est bourré et qui pourtant en a vue d’autres) ne voulait plus le voir. Son mutisme, sa parano exacerbé et tous ces symptômes qui font que l’on a quand même vachement de mal à supporter les affres de la siphonade, l’ont éloigné de nous.

Dans sa quarantaine, repassant par là, je le croisai. Il portait encore beau, la gueule boursouflé à la Benicio Del Toro dans "La Vegas Parano", Samy Frey était loin mais il entrait toujours dans les tuyaux de poêle noirs levi’s. Sa trogne de vieille ado en dépression plaisait encore  à quelques filles dans le même état que lui (du  moins ce jour là) mais à vue d’œil, sa guerre intérieur n’avait pas signé d’armistice. Je lui proposai une bière qu’il refusa, évitant mon regard, m’évitant tout cours. Je ne lui en veux pas, c’est ce que je venais de faire avec lui les 15 dernières années.   

Brian is gone, pas dans sa piscine comme le vrai mais pas loin, étouffé par un crabe qu’il avait à peine tenté de soigner, juste ne pas trop souffrir, mais un peu quand même.

Je crois que Brian n’aimait pas trop sa vie et elle le lui rendait bien

  R.I.P. T..


 

01:23 Publié dans Prololand | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rip

26/11/2013

Mort d'un pas pourri

RIP Georges Lautner


Snif,ce sublime film devient encore plus triste qu'il n'est déjà.

En prime, superbe BO Alan Reeves

"Michalon, Michalon, Michalon"
Le British - "Ne nous fachons pas"

18:06 Publié dans Télé volcan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lautner, rip

10/03/2012

Blood Hell ! Mille putois !

Ce soir je prends une caisse avec Mc Cure et Red neck. God damn !

Rinaldi, Moebius, dure semaine Pour G firmin. Tornade de tristesse...

RIP Mr Giraud

Snifure

15:58 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd, rip

 
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